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Info - Caisse-maladie

Comparis.ch - Objectivité relative selon santésuisse

Le site comparis.ch est né il y a 10 ans, peu après la LAMal qui a introduit une totale liberté de choisir son assureur. Le site est ainsi devenu un outil de comparaison. Selon santésuisse, son activité commerciale relativise son objectivité.

A côté des comparaisons de toutes les primes de l'assurance obligatoire de base, le site propose aux assurés, par un simple clic de souris, de demander une offre pour changer de caisse maladie. Pour cette prestation, comparaison assurances.ch perçoit une taxe de traitement de dossier auprès du nouvel assureur potentiel.

Cette taxe crée certains doutes sur l'objectivité de comparaison assurances.ch, a indiqué Peter Marbet, porte-parole de santésuisse. Directeur de comparaison assurances.ch, Richard Eisler nuance: 25 des 93 caisses, dont neuf des dix plus grandes, adhèrent à ce service d'offre en ligne. Elles accueillent plus de 90% des assurés, a-t-il dit.

M. Eisler refuse de dire combien une caisse paye à comparaison assurances.ch pour ce service. Mais c'est beaucoup moins que les 100 francs que coûtait la réalisation d'une offre demandée directement à la caisse par un client potentiel, selon un calcul d'Helsana cité par M. Eisler.

Comparis.ch est en outre quasi en situation de monopole, ajoute M. Marbet. Selon lui, il existe certes d'autres offres, mais elles sont nettement moins connues. Parmi celles-là, il faut signaler le site de l'Office fédéral de la santé publique ( www.primes.admin.ch ), un instrument efficace et neutre qui existe depuis deux ans, a indiqué Daniel Dauwalder, porte-parole de l'OFSP.

Comparis.ch a pris les extrêmes. Ainsi un couple avec deux enfants assuré en 1997 auprès de la caisse aux primes les plus chères parmi les dix plus grandes de Suisse aurait économisé en dix ans quelque 46'000 francs dans le canton de Zurich s'il avait alors choisi de s'assurer auprès de la caisse maladie la meilleur marché, selon comparaison assurances.ch.

Dans le canton de Genève, l'économie aurait atteint 22'000 francs, dans le canton de Vaud près de 18 000 francs, le Jura plus de 27'000 francs, Fribourg 22'000, Neuchâtel près de 20'000 et Valais 18'000. Si, en plus, la famille avait opté pour la plus haute franchise, l'économie aurait atteint plus de 67'000 francs à Zurich, plus de 42'000 dans le canton de Vaud et 47'000 pour Genève.

Le site de comparaison frappe, à nouveau, un grand coup avec un sondage sur la sécurité des hôpitaux.

Mais pour qui roule-t-il?...

Pour ou contre une caisse unique? Une seule prime par région pour les caisses placées sous la même direction? Le libre choix de l'hôpital? Sur tous ces sujets, Comparis a un avis et des informations à fournir. Le site de comparaison en ligne s'affirme ainsi comme un acteur du débat de la santé. Mais dans quel camp joue-t-il? La question reprend de l'actualité au moment où il jette un nouveau pavé dans la mare: une comparaison du taux d'erreur et de réhospitalisation de 58 hôpitaux suisses (voir ci-dessous).

Entré sur le marché en 2000 avec un moteur de comparaison des primes d'assurance maladie, Comparis a depuis diversifié ses activités: assurance RC, ménage, téléphonie mobile entre autres. Gratuit à la consultation, le site tire ses revenus de la publicité et de la vente de services: aux particuliers désireux de conclure un contrat ou aux assurances et aux compagnies de téléphonie.

Financé par 43 caisses

C'est cette dernière formule qui est appliquée dans le domaine de l'assurance maladie obligatoire. Le moteur de comparaison est financé par 43 caisses qui payent – à hauteur, dit-on, d'une quarantaine de francs – chaque demande de renseignement en ligne. Ces bailleurs de fonds sont privilégiés: ils apparaissent tous sur la vue standard qui s'affiche à chaque recherche. La caisse la plus chère et la caisse la moins chère y figurent également, même si elles n'ont pas passé contrat. Mais pas les autres. Pour connaître leur offre, il faut appeler une vue étendue au moyen d'un lien disponible dans la colonne de droite avec l'exposé des règles du jeu. Et ne pas être trop pressé pour prendre connaissance du tout.

Formellement, la transparence est respectée. Pratiquement, le choix de l'usager peut être influencé sans qu'il en ait conscience. Mais Richard Eisler, l'entreprenant PDG de Comparis, se défend d'avoir un fil à la patte: il défend les seuls intérêts des consommateurs. Quitte, pour ce faire, à se mêler au débat politique.

Liens d'intérêts pas clairs

Sa décision de mettre en ligne, pendant la campagne sur la caisse unique, un calculateur basé sur les chiffres des assureurs a ainsi pesé lourd sur le score de l'initiative du Mouvement populaire des familles. Plus récemment, il est monté au créneau contre la proposition d'obliger les caisses réunies sous la même direction de pratiquer une seule prime par région. Cette façon de faire, a-t-il relevé, calculs à l'appui, dans un communiqué, impliquerait des surprimes jusqu'à 1700 francs annuels pour certains assurés et toucherait surtout les jeunes assurés mobiles qui «une fois de plus devraient passer à la caisse» tandis que «les assurés n'ayant rien fait seraient récompensés».

L'auteur de la motion, le député Bruno Frick, n'a pas apprécié: «lorsqu'on intervient en politique, on annonce ses liens d'intérêts. Lorsque Comparis prend ce type de position, il ne mentionne pas qu'il tire ses revenus des caisses: ce n'est pas correct.»

Richard Eisler connaît bien cette critique et il la rejette. Il n'hésite pas, fait-il valoir, à intervenir contre l'intérêt des caisses. En 2003, ainsi, sa décision de mettre à disposition un calculateur fondé sur les calculs des partisans de l'initiative socialiste «La santé à un prix abordable» a soulevé la colère de Santésuisse, aime-t-il rappeler. Ce qui a conduit les assureurs à aligner leurs propres chiffres. Et à apprendre la leçon: pour la caisse unique, ce sont eux qui ont pris l'initiative.

Diffuser des chiffres, même partiels ou partiaux à charge pour ceux qui ne sont pas contents d'aligner les leurs, c'est encore la tactique adoptée par le site en matière de qualité hospitalière. L'étude qu'il lui consacre a été commandée à une entreprise spécialisée. L'investissement – un demi-million – a été consenti, explique Richard Eisler, car «le besoin existe».

Avec la possibilité que le National veut offrir aux assurés de base de choisir librement leur hôpital, ces derniers auront besoin de comparaisons. Et les hôpitaux de visibilité. Comparis, en bon spécialiste de la navigation à la confluence des intérêts opposés des consommateurs et des fournisseurs, l'a vite compris. Actuellement, il prospecte les hôpitaux qui n'ont pas trouvé place sur sa liste test et leur offre de payer 11000 francs pour y figurer.

La somme ira, insiste Richard Eisler, à la société responsable de l'enquête de satisfaction. Le site de comparaison a d'autres projets: tenir un guide des hôpitaux suisses comprenant une description de leur offre et des appréciations mises à jour en permanence par les usagers. Le mode de financement n'est pas encore trouvé mais Richard Eisler a bon espoir: quand l'intérêt des consommateurs y est, le reste suit, ne serait-ce que sous forme de publicité.

Interventions ciblées

Alors, pour qui roule Comparis? Sans doute avant tout pour Comparis. Ses interventions politiques, ainsi, figurent en bonne place dans sa stratégie commerciale. Elles lui assurent une présence médiatique massive, qui ferait presque oublier l'existence de ses concurrents. Mais elles s'inscrivent aussi dans une ligne cohérente: la défense du droit des assurés et des patients à une mobilité maximale. Mobilité qui profite de la chasse aux bons risques. Et que Comparis se charge d'alimenter par l'activité dont il tire ses revenus.

8.2007

 
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