Le directeur de l'Office fédéral des assurances
sociales (OFAS), Yves Rossier, avertit que le fonds AVS pourrait être
confronté à des problèmes de liquidités. Sans réforme, on risque des
difficultés de paiement dès 2011, selon lui.
Durant ces derniers mois, l'OFAS a recalculé les
perspectives financières de l'AVS et de l'AI. Une chose est claire: si
nous ne modifions rien dans l'AVS, nous aurons besoin de nouvelles
recettes représentant environ 2 points de TVA pour financer l'AVS jusqu'en
2020, a déclaré Yves Rossier dans une interview à la SonntagsZeitung.
La réforme de l'assurance invalidité (AI) est encore plus urgente. Il
serait souhaitable que la révision de la loi prévue passe le cap sans être
revue à la baisse et sans retard, estime le directeur de l'OFAS. Il juge
indispensable une réforme de fond comprenant des mesures d'économie et de
nouvelles recettes représentant quelque 0,8 point de pourcent de TVA.
Nos calculs montrent que si nous n'entreprenons rien, nous passerons
au-dessous du degré de couverture de 20 % environ vers 2011, a dit Yves
Rossier. Nous devrions alors faire face à des problèmes de liquidités et
risquerions des difficultés de paiement dans le système de l'AVS.
Avec ses nouveaux calculs, l'OFAS a mis un terme à la controverse portant
sur la validité des différents scénarios sur l'évolution de l'AVS durant
les quinze prochaines années, a précisé M. Rossier. Les chiffres ont reçu
l'aval de la commission AVS: les partenaires sociaux - donc aussi les
syndicats - les reconnaissent.
Le système suisse de
rentes au titre de l‘assurance vieillesse et survivants (AVS) couvre les
besoins vitaux des personnes retraitées ou des personnes veuves qui ont
une famille à charge au moment du décès du conjoint.
Son financement est assuré par des contributions des employeurs et des
assurés mais aussi par la Confédération et les cantons. A l‘heure
actuelle, le taux de cotisation se monte à 8,4% du salaire. Employeurs et
employés financent à parts égales les cotisations prélevées chaque mois
sur les salaires

Evolution démographique
Ces dernières années, l’étau financier ne cesse de se resserrer autour de
l’AVS. Le problème est connu: davantage de personnes âgées, moins de
jeunes, une espérance de vie qui ne cesse de croître, une natalité qui,
elle, est en diminution.
En d’autres termes, les cotisants moins nombreux doivent financer un
volume de rentes qui ne cesse de gonfler.
La Confédération et une majorité au Parlement auraient souhaité trouver
une issue à ce dilemme grâce à la 11e révision de l‘AVS qui prévoyait des
économies pour près de 925 millions de francs.
Parallèlement, un deuxième projet prévoyait l‘augmentation de la taxe sur
la valeur ajoutée (TVA) en faveur de l‘AVS (+1%) et de l‘assurance-invalidité
(AI, +0,8%). Ces deux mesures avaient pour but d‘assurer le financement de
ces deux assurances sociales à moyen terme.

Blocages dans le financement
Certes, personne ne
contestait le fait qu‘une augmentation de la TVA en faveur de l‘AI est
incontournable. Mais comme le projet associait l‘augmentation de la TVA en
faveur de l‘AI au pour cent d’AVS supplémentaire, il n‘a pas passé la
barre du scrutin populaire le 16 mai 2004.
Le même jour, la 11e révision de l‘AVS était également balayée, en
particulier parce qu‘elle prévoyait d‘élever l‘âge de la retraite pour les
femmes à 65 ans. De même, le débat lancé par Pascal Couchepin autour d’une
augmentation à 67 ans de l’âge de la retraite a fait capoter toute la
réforme.
Une autre « planche de salut » possible pour l‘AVS a aussi coulé en
décembre dernier, lorsque le Parlement a finalement renoncé à ce qu’une
partie du produit de la vente de l‘or excédentaire de la Banque nationale
suisse (BNS) soit versé à l‘AVS.
Les partis de gauche et de droite avaient espéré que près de deux tiers du
produit de cette vente iraient alimenter notre système de retraite.
Finalisée en mars; elle rapportera près de 21 milliards de francs.

Mesures demandées pour l'AI
Outre le
vieillissement de la population, le problème du surendettement de l’assurance-invalidité,
qui puise dans les mêmes sources de financement que l’AVS, constitue
l‘autre problème majeur.
A l‘heure actuelle, le déficit de l’AI s’élève à près de 6 milliards de
francs. Si aucune mesure n‘est prise, en 2010, il sera de 20 milliards.
Durant ces dernières années, le nombre des personnes touchant une rente
invalidité n‘a cessé d‘augmenter. Aujourd’hui, cinq personnes sur cent
sont rentières AI. En 1990, cette proportion était de 3 sur 100.
Les espoirs reposent maintenant sur la 5ème révision de l’AI qui propose
des mesures d‘économie. «L’intégration sur le marché du travail prime la
rente» tel est le principe retenu qui prévoit par exemple des critères
plus sévères pour l’octroi d’une rente et une meilleure intégration des
personnes handicapées dans le monde du travail.
Les propositions du Conseil fédéral (gouvernement) ont suscité une large
approbation lors de la procédure de consultation.
Selon Pascal Couchepin, chef du Département fédéral de l'Intérieur, les
mesures d‘économie doivent être accompagnées par des recettes
supplémentaires. Les 0,8% supplémentaires de TVA sont à nouveau à l‘ordre
du jour.

L'assainissement de l'AI insuffisant
Ces mesures ne suffiront pas à elles seules pour assurer l‘avenir de l’AVS.
Selon Yves Rossier, une nouvelle révision de l‘AVS doit intervenir avant
2010 au plus tard. Il incombe au monde politique d’en définir la portée.
A n’en pas douter, le financement de l’AVS et l’âge de la retraite
continueront d’alimenter les polémiques entre la droite et la gauche. Il y
a fort à parier que la question de l’or excédentaire refera aussi surface.