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 Infos
- Aucune caisse ne veut être la moins chère
Le coup de massue est programmé: les primes pour
l’assurance-maladie de base, dont le détail sera révélé début
octobre 2009, devraient augmenter de 8,9% en moyenne en 2010. La
hausse sera plus sévère encore pour les jeunes adultes et les
franchises élevées.
Pour tenter de limiter les dégâts, de nombreux assurés sortiront
leur calculette et compareront les offres des différentes
caisses: plus d’un million de Suisses devraient changer
d’assureur.
Les nouveaux assurés coûtent chers
Gagner de nouveaux clients, c’est généralement une bonne
nouvelle. Sauf lorsqu’ils sont vraiment trop nombreux et que
l’assurance n’est pas préparée. «Dans ces situations, il faut
rapidement trouver du personnel supplémentaire pour répondre aux
demandes, le retard s’accumule et c’est la pagaille pendant des
mois», constate Valérie Legrand-Germanier, spécialiste santé à
la Fédération romande des consommateurs (FRC). Les frais de
fonctionnement augmentent donc soudainement d’une part et,
d’autre part, la caisse maladie doit rapidement constituer des
réserves suffisantes pour atteindre le minimum légal, soit, pour
les petites structures, 20% du montant des primes encaissées.
Des problèmes financiers et d’organisation en cascade qui
peuvent entraîner l’entreprise dans un cercle vicieux. Pour
pallier tous ces effets secondaires, elle sera obligée
d’augmenter massivement les primes l’année suivante, au risque
de… faire fuir ses assurés. Depuis le début des années 2000, on
ne compte plus les petites et moyennes structures prises à la
gorge qui ont dû fusionner ou qui ont été achetées par de grands
groupes.
«C’est notamment le cas de Philos, qui était pourtant le
deuxième assureur maladie du canton de Vaud et qui, suite à des
problèmes de réserves, a rejoint le Groupe Mutuel en 2005». En
Suisse allemande, la caisse maladie de la petite commune de
Turbenthal (Zurich) a été mise en péril par un flot soudain
d’assurés venus de tout le canton. «Son unique employé, qui ne
possédait même pas d’ordinateur, a vite été débordé».
Le phénomène est tel qu’il est même arrivé à l’Office fédéral de
la santé publique (OFSP), chargé de valider les primes maladie,
de mettre en garde les petites caisses lorsque leurs tarifs
étaient trop bas par rapport à la concurrence. L’Office les
enjoignait même d’augmenter davantage leurs primes! «C’est ce
qui s’est passé avec la caisse maladie de la FTMH en 2001,
raconte Pierre-Yves Maillard, ancien secrétaire régional du
syndicat et actuel président de la Conférence des directeurs de
la santé. Avec nos 7000 assurés et de confortables réserves,
nous avions calculé qu’une hausse de 5% des primes suffisait à
couvrir les coûts, alors que la plupart des autres assurances
augmentaient de 10%. »
Mais voilà: la caisse figurait déjà parmi les meilleur marché et
une augmentation inférieure à la concurrence aurait encore
creusé l’écart. «L’OFSP nous a rendus attentifs au fait que nous
risquions d’être submergés de demandes et que cela pourrait
mettre en péril notre petite structure», poursuit le conseiller
d’Etat vaudois.
Résultat des courses: la caisse maladie de la FTMH augmentera
cette année-là ses primes de 17%. Non pas pour couvrir ses
coûts, mais pour rentrer dans le rang et éviter d’être trop
attractive. Augmenter artificiellement pour ne pas périr. «C’est
un système absurde dans lequel la qualité de la gestion se
retourne contre vous», constate amèrement Pierre-Yves Maillard.
Task force et travail sept jours sur sept
Aujourd’hui, avec l’essor que connaissent les comparateurs en
ligne, plus aucun assureur ne peut se permettre d’ignorer ce
mécanisme. «Les caisses maladie sont désormais conscientes que
le fait d’être trop avantageuses peut se retourner contre elles.
Nous n’avons donc plus besoin de les sensibiliser à cette
problématique, contrairement à ce que nous faisions il y a
quelques années», assure Daniel Dauwalder, porte-parole de
l’OFSP.
«On se demande parfois s’il ne vaut pas mieux être deuxième de
la liste plutôt que d’être le moins cher», concède Jean-Bernard
Pillonel, directeur général adjoint d’Assura. La caisse maladie
basée à Pully (VD) a connu plusieurs vagues de nouveaux
arrivants. «En 2003, ce sont quelque 100 000 assurés qui nous
ont rejoints. Rebelote en 2008. Et cela pourrait se renouveler
l’année prochaine. » Plus la caisse compte de clients, moins il
lui sera difficile d’absorber un afflux important. C’est ce qui
s’est passé pour Assura dont les reins étaient suffisamment
solides. «Le problème, c’est que le phénomène est difficile à
anticiper, explique Jean-Bernard Pillonel. Pour nous préparer au
mieux, nous mettons sur pied des task force spéciales, nous
faisons appel à des temporaires ainsi qu’à d’anciens employés,
comme des mères de famille, qui viennent nous donner un coup de
main ponctuel. Et pendant cette période, les équipes travaillent
sept jours sur sept. »
Assura sera-t-elle la moins chère en 2010? Devra-t-elle faire
face à un afflux d’assurés? Il faudra encore patienter quelques
semaines pour le savoir. En attendant, les assureurs croisent
les doigts et espèrent qu’ils ne figureront pas en toute
première ligne des comparateurs.
10.09 |